PRéPARER SA TOILE AVEC UN FOND ?
CHOISIR LA BONNE COULEUR DU FOND SUR SA TOILE AVANT DE PEINDRE
Cours de peinture à Bordeaux et Talence : comment le fond détermine couleur, lumière et profondeur d’un tableau. Technique traditionnelle et approche personnelle de l’Atelier Saint-Martin.
Le fond, c’est l’une des décisions les plus importantes d’un tableau. Dans ma pratique, le dessin vient toujours en premier — c’est seulement après que je pose le fond, l’imprimatura, comme disent les Italiens. Une fois posé, ce choix conditionne tout ce qui suit : c’est lui qui donne le ton, qui infuse sa teinte dans chaque couche appliquée par-dessus. On le perçoit littéralement à travers la peinture, et c’est ce qui influence l’ensemble du tableau de manière globale.
Dans mon atelier de peinture et dessin à Bordeaux, basé à Talence — que ce soit en cours particulier, en stage ou en formation, à distance ou en présentiel, pour les habitants de Bordeaux, Pessac, Gradignan, Bègles ou Mérignac — c’est l’un des tout premiers principes que je transmets : comprendre le fond, c’est déjà comprendre la notion de profondeur.
Un choix qui se fait en fonction du sujet
Le fond qu’on choisit dépend presque toujours de la peinture qu’on s’apprête à réaliser.
Dans mes cours, on travaille traditionnellement à partir d’une base de fond gris, ou d’une couleur chaude un ocre légèrement rosé pour donner une lumière dorée sous le tableau. Le principe reste le même quel que soit le support, papier ou toile : le dessin d’abord, le fond ensuite.
C’est une base solide, transmissible, que j’enseigne à mes élèves comme point de départ. C’est aussi ce que je faisais moi-même à mes débuts, et ce que je fais encore aujourd’hui lorsque je réalise une copie de maître : j’observe la teinte générale du fond de l’œuvre originale et je m’en inspire. Le ton brun, gris, ocre bruni se choisit toujours dans une couleur mesurée : il doit servir le tableau, jamais s’imposer à sa place.
Les couleurs de fond dans la tradition
Historiquement, les peintres ont privilégié quelques familles de teintes bien identifiables, chacune associée à une tradition picturale précise.
Les primitifs italiens et les maîtres de la tempera travaillaient sur un fond de gesso blanc — un plâtre fin appliqué en plusieurs couches sur bois, décrit dès le XIVe siècle par Cennino Cennini dans son traité Il Libro dell’Arte. Ce fond blanc, très réfléchissant, servait de base lumineuse aux glacis transparents de la tempera.
Les peintres flamands et Rembrandt, eux, ont plutôt développé des fonds colorés à base de gris et de brun, souvent combinés en une seule préparation : chez Rubens, on trouve une imprimatura grise et brune appliquée en larges traits striés sur un fond à la craie et à la colle ; chez Rembrandt, le fond varie selon le support — plutôt jaune-brun sur panneau, plutôt gris froid sur toile, une teinte obtenue avec du sable fin teinté d’ocre et de blanc. Dans les deux cas, gris et brun se mélangent constamment : ce ne sont pas deux choix opposés, mais une même famille de teintes neutres, pensée pour porter la construction du clair-obscur.
Le principe qui gouverne ce choix, à toutes les époques, reste identique : ne jamais partir de la couleur la plus sombre ni de la plus claire du sujet, mais d’une valeur médiane, pour construire le tableau par étapes.
La transparence des couleurs dans la préparation des fonds
Quelle que soit la teinte retenue, une règle est non négociable : le fond doit rester transparent. En aucun cas je ne bouche mon fond avec une couleur opaque. C’est une couche fine, transparente, posée sur la toile ou le papier — jamais un écran.
C’est cette transparence qui explique toute l’influence du fond sur le reste de la peinture. Chaque couleur posée par-dessus est traversée par la teinte du dessous, et résonne différemment selon elle : un rouge posé sur un fond gris ne se lira jamais comme le même rouge posé sur un fond brun. C’est aussi ce qui donne son unité à un tableau : en partant d’un fond uni, on sait que toutes les couleurs qui viendront par-dessus résonneront de la même manière, portées par la même base.
Ma pratique personnelle : le fond blanc et la lumière
J’aime énormément l’aquarelle, la gouache et la tempera grassa — une émulsion à l’œuf — et pour ces techniques je travaille très souvent sur fond blanc — que ce soit sur bois ou sur toile, il s’agit alors d’un gesso de couleur blanche, une pratique qui rejoint directement celle des primitifs italiens et de leurs fonds de gesso. Le blanc, quand il transparaît à travers des couches de couleur transparentes, offre une luminosité incomparable — le même principe qui rend l’aquarelle si lumineuse : c’est le blanc du papier qui répond à travers chaque glacis.
Ce principe de transparence n’est pas réservé à la tempera ou à l’aquarelle : il fonctionne exactement de la même façon à l’huile, à l’acrylique ou à la gouache, dès lors qu’on travaille en glacis.
Peindre les dessous : la variation de glacis
Aujourd’hui, ma pratique évolue vers quelque chose de plus riche qu’un fond uni. Je pars du dessin, sur papier, toile ou tout autre support, puis je pose des glacis à certains endroits — des couleurs qui peuvent rester dans une même gamme, ou au contraire varier davantage selon ce que demande le sujet : une ombre plus marquée, une lumière particulière, à tel ou tel endroit du tableau. Je prépare ainsi mon travail par glacis, pour commencer à poser l’ambiance générale de la peinture. Ce sont des dessous préparatoires qui annoncent la superposition des couleurs à venir.
Je laisse le fond blanc transparaître de manière plus ou moins marquée selon les zones, et c’est précisément ce jeu qui crée la profondeur du travail. Ces couleurs de dessous restent toujours transparentes, qu’elles soient une imprimatura unie classique — brune, grise — ou ces variations de glacis : c’est cette transparence qui fait toute la différence, et c’est elle qui donne au fond sa richesse.
Dans ma pratique actuelle, je pars donc très régulièrement d’un fond blanc, sur lequel je pose directement des glacis pour donner l’ambiance générale de la peinture, avant même de commencer le sujet. Je reviens ensuite avec d’autres glacis en cours de travail pour terminer la peinture.
Sortir de la tradition : l'expérimentation
Une fois les fondamentaux acquis, le fond devient un terrain d’expérimentation personnelle. C’est là que chaque artiste prend ses distances avec la tradition pour construire son propre style.
Il m’est arrivé, par exemple, de repeindre sur d’anciennes toiles ratées : un fond gris soutenu, repassé au noir transparent, presque bouché — à l’exact opposé de la règle de transparence que je viens de décrire. Il faut alors s’adapter entièrement à cette contrainte inhabituelle. Je pense que sortir complètement des rails a son intérêt : ça permet de voir ce qui peut en sortir, et ça donne parfois de très bonnes surprises. Tout est affaire d’équilibre et c’est finalement à l’artiste seul de juger si le résultat lui convient.
Cette même logique guide aussi mon enseignement. J’enseigne la tradition parce qu’elle donne des bases solides mais ça n’empêche jamais l’ouverture. On peut très bien transmettre des principes traditionnels tout en laissant la place à des processus plus personnels, dès lors qu’il y a une vraie volonté de l’élève d’aller dans cette direction. Connaître la tradition n’a jamais empêché de la faire évoluer.
Cours de peinture à Bordeaux : Apprendre des techniques traditionelles et modernes.
L’Atelier Saint-Martin propose des cours de peinture et de dessin à Bordeaux et dans toute la métropole Talence, Pessac, Gradignan, Bègles, Mérignac en présentiel comme à distance, ainsi que des stages et formations professionnelles.
